02 février 2010

Quand tu es dans le désert

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Il arriva par un nouveau raccourci, l'archi : il ne faisait pas partie du même monde que les autres. Il avait des idées plein la tête et c'est pour ça qu'il marchait sans regarder les gens. Pas même un sourire, rien. Il était l'archi. L'architecte.
Maxime dormait. Il devait être quatorze heures et le soleil tapait comme une brute. Même à l'ombre, il donnait des coups, l'enfoiré.
Le supermarché n'existait pas encore, mais une immense étendue de terrain avait été goudronnée.
Il y avait même une route qui partait vers l'infini.
Maxime s'était mis au début de cette longue bande noire, avait placé une main au-dessus de ses yeux, comme les Indiens d’Amérique, pour essayer de voir le bout de la route. Il avait froncé les sourcils, fermé un œil, pour mieux se concentrer sur une seule vision de l'infini et son regard était parti, là-bas, sans jamais revenir.
Il n'avait rien vu.
A part que… ça lui faisait peur de suivre son regard.
Maxime était donc revenu auprès de son U.L.M. : c'était peut-être pas grand chose, mais au moins, c'était du sûr. Et puis, c'était à lui. Il ne pouvait pas abandonner ses affaires, tout de même.
L'archi, lui, il n'avait pas regardé la route vers l'infini. Il ne voyait pas très loin, en réalité. Maxime avait entendu dire que sa vue s'arrêtait au bout de son nez, pas plus.
Et Maxime ne voyait pas comment entrer dans un tel champ de vision, à part de s'y cogner.
Derrière l'archi, un groupe d'individus sérieux s'agrippait aux rares paroles qu'il disait. Il n'était pas un adepte des phrases longues. Il ouvrait la bouche, laissait sortir quelques mots et refermait la bouche, pour bien hacher ses remarques.
- A refaire.
Ou encore :
- C'est quoi cette merde ?
Ou aussi, parmi les plus longues phrases jamais dites par l'archi :
- Qui m'a foutu ces tuyaux d'oxygène en plein milieu du mur ?
Ou une variante :
- Qui m'a foutu ce mur en plein milieu du couloir ? Ils vont passer où les tuyaux d'oxygène ?
Il faisait le tour de son chantier. Il tenait à ce qu'on respecte ses désirs. Il passait donc partout.
Et il tomba sur l'U.L.M.
Preuve qu'il voyait plus loin que ne le prétendait la légende, parce que sur le nez, l'U.L.M., il n'aurait pas tenu en entier.
L'archi s'arrêta net.
Et fut bousculé par les gens, derrière lui, qui eux, avaient continué d'avancer.
- Nom de Dieu ! s'écria-t-il.
Puis il resta immobile pendant au moins dix minutes. Dix longues minutes. En plein soleil. En plein désert. En plein.
Maxime en profita pour se réveiller un peu, s'asseoir et regarder l'archi regarder. Il y avait dans cette scène quelque chose de particulièrement ridicule : un groupe d'hommes en costard-cravate était sidéré par un naufragé du désert. Un peu comme si un lion s'était soudain aperçu que les gazelles qu'il se tapait au petit déjeuner ne poussaient pas dans les arbres : devant lui, il en avait un nid et il était en extase devant la mère qui couvait ses œufs. (Oui, parce qu'il pensait n'avoir rien compris jusque là, mais il n'y avait aucune raison que ça change, en fait.)
Donc, le lion avait eu la révélation de sa vie : la queue des gazelles n'était pas une tige.
Et là, l'archi, il voyait une chose qu'il pensait révolue : un homme.

Posté par Alain Galindo à 16:19 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur Quand tu es dans le désert

    Alain, where is the picture?

    Posté par Vince, 14 juin 2010 à 12:17 | | Répondre
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